Maghreb : Quel pays est le plus pauvre de la région ?

10 points de moins sur le taux de pauvreté pour l’Algérie en douze ans, un Maroc figé sur la ligne de départ, une Tunisie ballotée par les inégalités depuis 2011, malgré une croissance du PIB par habitant. Ce sont là des chiffres qui claquent, mais ils n’éclairent pas toute la scène. Derrière les tableaux du FMI et de la Banque mondiale, le Maghreb s’impose comme une énigme : chaque source désigne son propre pays le plus pauvre, les écarts s’étirent entre les villes et les campagnes, et personne ne sait vraiment mesurer l’impact des crises successives sur ceux qui vivent au bord du gouffre.

Pauvreté au Maghreb : où en est-on vraiment aujourd’hui ?

Le Maghreb s’étend de l’Atlantique au désert, rassemblant cinq États : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie. Chacun raconte une histoire différente, où les écarts de niveau de vie se mesurent aussi bien dans les chiffres que dans chaque rue. Les rapports de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international dressent un tableau bigarré, où l’équilibre politique et la pauvreté ne font pas toujours bon ménage.

Quelques données illustrent ces contrastes saisissants :

  • Le Maroc et la Tunisie se positionnent parmi les États les plus stables de la région selon le Global Peace Index 2024 : Rabat occupe la 78e place, Tunis la 73e. La Libye, quant à elle, chute à la 128e position, plombée par une instabilité persistante.
  • Le taux de pauvreté varie fortement : le Maroc affronte des inégalités croissantes, une classe moyenne fragile et d’importantes disparités entre régions. La Tunisie, de son côté, doit composer avec une crise politique longue durée et une inflation qui érode salaires et pensions.
  • L’Algérie, assise sur ses ressources naturelles, affiche un indice de Gini relativement bas (27,6 % en 2023) comparé à ses voisins, mais la redistribution échoue à enrayer la pauvreté dans les campagnes.

Dans cette fresque, la Mauritanie se fait discrète, souvent ignorée par les médias, 95e au classement régional. Ici, l’économie informelle et la pauvreté se croisent, rendant tout diagnostic difficile. En Libye, l’instabilité chronique a plongé une part de la population dans la précarité. Les chiffres, certes révélateurs, restent impuissants à saisir la réalité mouvante : enclavement rural, jeunesse en exil, transferts de la diaspora, autant de dynamiques qui dessinent un Maghreb en perpétuelle recomposition.

Pourquoi les inégalités persistent-elles entre les pays de la région ?

Au-delà des classements, les inégalités maghrébines s’enracinent dans l’histoire, l’économie et les politiques publiques. Le Maroc offre un cas d’école : un indice de Gini de 40,5 % (2022) dévoile une fracture sociale profonde. Les campagnes, asséchées par la sécheresse, peinent à rattraper leur retard face à des métropoles qui concentrent l’essentiel des richesses. Une fiscalité peu redistributive avantage les grandes entreprises et laisse la classe moyenne s’affaiblir, étranglée par une inflation à 6,1 % (2023) et un accès inégal aux soins.

En Tunisie, la crise politique s’accroche, portée par une inflation de 9,3 % (2023) et la pression du Fonds monétaire international. Les services publics s’essoufflent, le chômage des jeunes s’installe, le pouvoir d’achat s’amenuise. À ces tensions économiques s’ajoutent des fractures sociales : la question migratoire, notamment autour des migrants subsahariens, exacerbe les crispations et fragilise encore davantage la société.

L’Algérie conserve un indice de Gini modéré (27,6 % en 2023), mais la pauvreté rurale reste vivace. Les transferts de la diaspora, 1,9 milliard de dollars envoyés en 2023, jouent un rôle d’amortisseur mais ne suffisent pas à combler les écarts.

La discrimination héritée du passé, la marginalisation des Noirs du Maghreb ou encore le verrou migratoire financé par l’Europe pèsent lourd sur la cohésion et la confiance collectives. Les réponses nationales, dispersées et parfois improvisées, ne parviennent pas à briser la chaîne des inégalités, malgré les ressources et les talents dont regorge la région.

Classement des pays maghrébins : qui fait face aux plus grandes difficultés économiques ?

Comparer la pauvreté au Maghreb, c’est entrer dans une géographie complexe, où la Mauritanie s’impose comme le pays aux indicateurs économiques les plus fragiles. Le taux de pauvreté y reste élevé, la croissance démographique pèse sur des moyens limités, et l’aide internationale structure le quotidien d’une population vulnérable.

Juste derrière, la Libye et la Tunisie affrontent chacune leurs tempêtes. En Libye, l’instabilité politique et les conflits successifs laissent des traces profondes : infrastructures délabrées, économie en berne, inflation incontrôlée. La Tunisie, classée 73e à l’Index de Performance Économique et Politique, lutte contre une inflation de 9,3 % (2023), une dette publique en hausse et un chômage des jeunes qui s’éternise.

Le Maroc et l’Algérie tentent de préserver un équilibre délicat. Le Maroc, 78e au classement, voit sa classe moyenne s’éroder sous la pression de l’inflation et des fractures territoriales. L’Algérie, riche en hydrocarbures, n’en demeure pas moins vulnérable : hors pétrole, la croissance patine, les tensions sociales grandissent et l’industrie peine à s’imposer.

Pour mieux cerner les difficultés spécifiques à chaque pays, voici un aperçu synthétique :

  • Mauritanie : taux de pauvreté parmi les plus élevés, dépendance à l’aide extérieure
  • Libye : instabilité persistante, infrastructures dégradées
  • Tunisie : inflation forte, chômage durable
  • Maroc : inégalités socio-spatiales, classe moyenne sous pression
  • Algérie : économie centrée sur les hydrocarbures, diversification en panne

La pauvreté maghrébine ne se laisse pas réduire à une statistique. Elle est façonnée par l’histoire, la démographie, et la capacité des gouvernements à repenser leur modèle de développement.

Jeune femme avec panier de légumes dans un village rural

Des évolutions récentes qui changent la donne ?

Au Maroc, le programme Tayssir et la réforme de la protection sociale incarnent une tentative de limiter les dégâts des inégalités. Les transferts de la diaspora marocaine, 11,8 milliards de dollars en 2023, constituent un filet de sécurité pour de nombreuses familles. Le discours politique met en avant l’essor touristique et l’intérêt des investisseurs étrangers, mais la réalité reste nuancée : le pays demeure sur la liste grise des paradis fiscaux de l’Union européenne, et la classe moyenne subit de plein fouet la hausse des prix.

En Tunisie, la pression du Fonds monétaire international (FMI) se fait sentir à chaque étape. Les réformes demandées, souvent mal acceptées, se heurtent à une population lasse des crises politiques à répétition. La diaspora tunisienne n’est pas en reste, envoyant 2,7 milliards de dollars en 2023, mais ces flux ne suffisent pas à endiguer le chômage et une inflation qui flirte avec les 10 %.

L’Algérie s’appuie toujours sur les recettes de ses hydrocarbures et les transferts de sa diaspora (1,9 milliard de dollars), mais la diversification de l’économie tarde. La rente pétrolière ne masque plus totalement le manque de dynamisme industriel ni la faiblesse de la croissance hors secteur énergétique.

Le Maghreb avance ainsi, porté par des courants contradictoires. Les envois de fonds, l’ouverture touristique, les réformes sociales s’entrechoquent avec la réalité du terrain : inflation obstinée, chômage des jeunes, inégalités qui résistent. Les changements récents n’ont pas encore rebattu les cartes, mais ils rappellent que le Maghreb, loin d’être figé, reste un espace de tensions et d’opportunités. Demain, la région trouvera-t-elle le chemin d’un équilibre plus juste, ou poursuivra-t-elle sa traversée sur ce fil incertain ?

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