Un même château, mille vies, et aucune période qui ne ressemble vraiment à la précédente. La propriété du château de Chaumont-sur-Loire n’a cessé de changer de mains entre familles nobles, État et collectivités publiques. Depuis 2008, la Région Centre-Val de Loire détient l’ensemble du domaine, rompant avec plusieurs siècles de gestion privée.
Le site accueille aujourd’hui un festival international des jardins et des expositions d’art contemporain, tout en conservant son architecture Renaissance et ses jardins historiques. Les visiteurs y accèdent toute l’année, avec des informations pratiques régulièrement actualisées pour faciliter le parcours et la découverte des collections.
Château de Chaumont-sur-Loire : un lieu emblématique chargé d’histoire
Impossible de longer la Loire sans remarquer la silhouette massive du château de Chaumont-sur-Loire. Depuis plus de mille ans, cette forteresse défie le temps et les crues, dressée sur ses hauteurs, fière et silencieuse. C’est au Xe siècle, sous l’impulsion d’Eudes Ier, comte de Blois, que s’esquisse le destin du domaine, à un carrefour stratégique du Val de Loire. L’histoire du château se lit dans ses pierres : rivalités féodales, ambitions royales, alliances parfois fragiles, tout y passe.
La famille d’Amboise a longtemps tenu les rênes de Chaumont, veillant sur la forteresse même après qu’elle ait été réduite en ruines sur ordre de Louis XI. Ce dernier voulait mater la puissance locale : la reconstruction, menée entre 1468 et 1510, donnera au château son allure actuelle, entre force médiévale et raffinement de la Renaissance. D’autres figures illustres marquent son histoire : Catherine de Médicis, puis Diane de Poitiers, qui se voient échanger le château contre Chenonceau en 1550. Lieu de tractations, de fêtes et de décisions, Chaumont a souvent été bien plus qu’un simple décor.
Aujourd’hui, après des siècles de passages de mains privées à celles de l’État et des collectivités, c’est la Région Centre-Val de Loire qui veille sur le domaine depuis 2007. Le site s’est transformé en un pôle dynamique d’art et de nature, où se croisent amateurs d’histoire, curieux d’architecture et passionnés de jardins. Facilement accessible via la gare d’Onzain – Chaumont-sur-Loire, le château continue d’attirer, d’étonner et de raconter, pierre après pierre, ses mille et une histoires.
Qui sont les propriétaires du château à travers les siècles ?
Au fil du temps, la propriété du château de Chaumont-sur-Loire s’est transmise de génération en génération, chaque lignée y inscrivant son empreinte. D’abord, ce sont les d’Amboise, bâtisseurs opiniâtres. Pierre d’Amboise, puis Charles Ier et Charles II, garderont le cap malgré les tempêtes politiques et les menaces royales, notamment quand Louis XI ordonne la destruction du château en 1465. Reconstruit avec ténacité, Chaumont devient symbole de résistance et d’affirmation nobiliaire.
Le XVIe siècle change la donne : Catherine de Médicis, reine ambitieuse, prend possession du domaine. Elle y consulte astrologues et hommes d’influence, avant de le céder à Diane de Poitiers, laquelle échange son Chenonceau contre Chaumont en 1550. Un geste qui scelle à jamais l’histoire des deux châteaux et leur donne une place à part dans le roman de la Renaissance.
Par la suite, le château voit défiler une galerie de propriétaires : Henri de la Tour d’Auvergne, Paul de Beauvilliers, Nicolas Bertin de Vaugyen, et Jacques Donatien Le Ray, avant d’entrer, au XIXe siècle, dans l’ère de la modernité avec le prince Henri-Amédée de Broglie et la princesse Marie-Charlotte Constance Say. Chacun laisse derrière lui réaménagements, souvenirs et innovations, façonnant peu à peu le visage du domaine.
Depuis 2007, c’est la Région Centre-Val de Loire qui détient le château. Un choix politique qui garantit la préservation du patrimoine tout en ouvrant de nouveaux horizons culturels au site.
Des espaces à explorer : architecture, jardins et secrets bien gardés
Le château de Chaumont-sur-Loire impressionne par la richesse de ses espaces et la diversité de ses inspirations. Son architecture combine la rigueur défensive d’une forteresse à la grâce d’une demeure Renaissance. Tours pointues, pierres blondes, pont-levis, chaque détail rappelle la succession des époques et la maîtrise d’artisans et d’architectes, dont Paul-Ernest Sanson qui, au XIXe siècle, orchestre une restauration fidèle à l’esprit d’origine.
Le parc historique, conçu par Henri Duchêne, offre plus de vingt hectares à parcourir. Depuis 2009, il arbore le label Jardin Remarquable, signe d’un équilibre subtil entre arbres centenaires, pelouses dessinées, allées sinueuses et points de vue sur la Loire. Pour donner un aperçu de ce que l’on peut y découvrir, voici quelques espaces marquants :
- Les jardins à l’anglaise et leurs massifs variés, pour une balade entre romantisme et botanique.
- Des allées ombragées menant à la célèbre tombe de Miss Poundji, clin d’œil à la passion féline de la princesse de Broglie.
- Les Prés du Goualoup, repensés par Louis Benech, où l’art paysager contemporain dialogue avec la tradition.
- La ferme modèle de Marcel Boille et les écuries monumentales, vestiges d’une époque où l’innovation agricole s’invitait dans les domaines aristocratiques.
- Le Bois des Chambres, hôtel hors du commun niché au cœur du parc, pour prolonger l’expérience dans une atmosphère intime.
- Le restaurant Le Grand Chaume, où le chef Guillaume Foucault revisite le terroir local dans un décor baigné de lumière.
Chaque espace recèle ses propres histoires, ses petits secrets, et compose un ensemble vivant, animé toute l’année par de nouveaux projets et par la présence de visiteurs venus des quatre coins du monde.
Expositions, festivals et activités : tout ce que le domaine propose aujourd’hui
Depuis plus de trente ans, le Festival international des Jardins s’impose comme un rendez-vous attendu en Val de Loire. Chaque année, le domaine convie une trentaine de paysagistes venus de tous horizons, qui réinventent les parcelles à partir d’un thème inédit. Le visiteur découvre alors un éventail d’installations éphémères, où plantes rares, couleurs vives et mises en scène surprenantes transforment le parc en véritable laboratoire d’expérimentation végétale.
La programmation ne s’arrête pas là. Dès l’arrivée des beaux jours, la Saison d’Art prend le relais. Sous la houlette de Chantal Colleu-Dumond, des artistes contemporains de renom investissent le château et ses dépendances. Les noms défilent, de Miguel Chevalier à Quayola, de Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger à Miquel Barceló, Prune Nourry ou James Basson. Les œuvres s’installent dans les salles historiques, les granges, les écuries, et souvent, la confrontation entre création actuelle et patrimoine ancien fait naître des dialogues inattendus.
Le domaine ne se résume pas à la contemplation. Tout au long de l’année, le public est invité à participer à des conférences, des ateliers, des visites guidées et des événements ponctuels. Un exemple : la chapelle du château héberge désormais « Les Pierres et le Printemps », installation signée Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger, qui illustre l’envie d’associer patrimoine et création vivante.
Le Château de Chaumont-sur-Loire s’affirme ainsi comme un espace d’échanges, où l’histoire nourrit la création et où chaque saison apporte son lot de découvertes. Ce domaine, passé de main en main mais jamais figé, continue d’inspirer, d’émouvoir et de surprendre, et demain, il aura sans doute encore bien des histoires à écrire.


